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Pivoines Conseil

Frémissements· n°1 · 31 août 2026

30 points de coopération en plus, écrits dans le contrat

Un contrat qui dit d'abord ce que les deux camps cherchent ensemble fait monter la coopération d'une trentaine de points.

✍️ Le mot de Sébastien

Un contrat protège. C’est ce qu’on lui demande, et c’est ce qu’il fait.

Des chercheurs ont voulu savoir s’il faisait aussi autre chose. Ils ont placé de vrais gestionnaires d’achat public devant 320 décisions simulées, chacun jouant tour à tour l’acheteur et le fournisseur. Quand le contrat dit d’abord ce que les deux camps cherchent ensemble, le comportement coopératif monte d’une trentaine de points.

Un contrat installe donc un comportement, avant même de distribuer des droits.

Reste à savoir ce qui l’installe quand le contrat se tait. Cette semaine, trois réponses. Un logiciel que deux concurrents louent au même prestataire. Une usine unique, trois niveaux au-dessus du fournisseur avec qui vous signez. Et la région où l’on habite, qui continue de peser sur des décisions prises entièrement en ligne.

La découverte de la semaine

🤖 Ce que l’IA a repéré — Trois choses écrites dans le contrat font monter la coopération de 30 points

Des chercheurs ont formalisé le contrat formel-relationnel. Au contrat classique, il ajoute trois éléments. Les objectifs que les deux parties poursuivent ensemble, les principes de conduite qui valent quand le texte ne dit rien, et les instances chargées des désaccords. Il a été éprouvé sur 320 décisions simulées, où des gestionnaires publics jouaient tour à tour l’acheteur et le fournisseur. Le comportement coopératif progresse d’environ 30 points de pourcentage, et les commentaires montrent un basculement, de l’affrontement vers la collaboration.

📎 Source — Ole Helby Petersen (université de Roskilde), Matthew Potoski (université de Californie à Santa Barbara) et Lena Brogaard, « Improving Cooperation in Government Purchasing Through Formal-Relational Contracting », Public Administration Review, 7 août 2026, étude relue par les pairs : doi.org/10.1111/puar.70176

👁️ Mon regard

On m’a souvent expliqué qu’un contrat bien rédigé protège. Celui-ci fait autre chose. Il dit aux deux camps ce qu’ils cherchent ensemble avant de dire ce qui arrive quand cela tourne mal. Pourquoi cet ordre change quelque chose ? Mon explication tient en une phrase. Chacun savait ce que l’autre cherchait, et où en discuter. Les instances comptent le plus. J’ai vu beaucoup de contrats qui prévoient un comité et un rythme. La clause reste souvent vague sur ce que cette réunion peut décider, quand elle n’est pas laissée de côté une fois le projet lancé.

Une réserve, toutefois. Tout s’est joué en simulation, avec de vrais gestionnaires mais sans contrat réel en jeu.

🧰 À emporter — Les trois blocs du contrat formel-relationnel

Pas de clause type cette semaine. Trois questions, et vos réponses en tête de votre prochain contrat.

L’objectif partagé. Que cherche-t-on ensemble, au-delà de la livraison ? Une phrase que les deux signataires reconnaissent comme la leur.

Les principes de conduite. Comment se comporte-t-on quand le contrat ne dit rien ? Le délai pour signaler un problème, le devoir d’alerter tôt.

Les instances. Qui se réunit, à quel rythme, et sur quoi peut-on trancher ? C’est le bloc qu’on oublie, et sans lui les deux premiers restent décoratifs.

Sur le radar

🤖 Ce que l’IA a repéré — Deux concurrents, un même logiciel de prix, et des ventes qui n’ont pas lieu

En Australie, des entreprises qui revendent de l’électricité au réseau confient à un prestataire extérieur le soin de fixer leurs prix de vente, minute par minute. Plusieurs concurrentes emploient le même prestataire, et leurs prix bougent ensemble. Aux heures où l’électricité vaut le plus cher, ces entreprises laissent passer des ventes rentables, celles qui auraient fait baisser le prix touché par une concurrente servie par le même logiciel. Cela ne se produit que là où ce prestataire fixe les prix de plus de 30 % des vendeurs qui pèsent sur le prix.

📎 Source — Nicolas Eschenbaum, « Shared Bidding Algorithms and Competition: Evidence from Electricity Markets », arXiv, déposé le 14 juillet 2026 et révisé le 7 août 2026, prépublication non encore relue par les pairs : arxiv.org/abs/2607.13002

👁️ Mon regard

Les lucioles d’Asie du Sud-Est font cela chaque nuit. Aucune ne dirige, chacune ajuste son clignotement sur ses voisines, et l’arbre entier finit par battre à l’unisson. Aucun chef, une règle commune et un signal partagé suffisent.

Nos contrats se protègent de l’entente classique, celle qui suppose une réunion, un accord. Ici, personne n’a eu besoin de se parler. Nos clauses disent rarement quelque chose du cas où deux concurrents confient leurs décisions au même outil. D’où une question à poser à un fournisseur avant de signer. Quel outil fixe vos prix, et lesquels de mes autres fournisseurs ou concurrents s’en servent aussi ?

🤖 🧭 Ce que l’IA a repéré — [Défrichage] Un maillon de la chaîne IA tient sur un seul fabricant au monde

Un travail de recherche récent applique à la chaîne de valeur de l’IA l’indice Herfindahl-Hirschman, l’outil des autorités de concurrence pour mesurer la concentration d’un marché. L’échelle plafonne à 10 000, le monopole parfait. Modèles et cloud, les couches visibles, restent nettement en dessous. L’assemblage avancé des puces monte à 8 100. La lithographie de pointe atteint 10 000, parce qu’un seul fabricant au monde produit ces machines. La ressource rare n’est donc ni l’algorithme ni le talent. Elle est en amont, dans une usine.

📎 Source — Piyush Akimitsu, « Artificial Intelligence: Supply-Chain Chokepoints and the Reach of Industrial Policy », arXiv, 31 juillet 2026, prépublication non encore relue par les pairs : arxiv.org/abs/2607.29572

📖 Et si vous voulez en savoir plus sur l’indice Herfindahl-Hirschman, son calcul et les seuils qu’en retiennent les autorités de concurrence sont expliqués ici : fr.wikipedia.org/wiki/Indice_de_Herfindahl-Hirschmann

👁️ Mon regard

Les écologues ont un nom pour cela, l’espèce clé de voûte. Un effectif modeste, une présence discrète, et pourtant tout s’effondre quand elle disparaît. Une chaîne d’approvisionnement en abrite souvent une, que personne ne regarde, parce qu’elle se tient trois niveaux au-dessus du fournisseur avec qui l’on signe. D’où le réflexe. Avant de vous engager sur un service qui dépend d’une technologie, comptez les acteurs présents sur le maillon le plus étroit. Si la réponse est un, la clause de continuité et la solution de repli cessent d’être des variables d’ajustement. Elles deviennent le point crucial.

💡 La pépite

🤖 Ce que l’IA a repéré — La géographie résiste, même en ligne

Sur la principale plateforme japonaise de financement participatif en capital, entièrement dématérialisée, les investisseurs de la même préfecture que le porteur de projet investissent bien plus souvent que les autres. Hors région métropolitaine de Tokyo, l’écart atteint 6,7 points de pourcentage sur un taux de base d’environ 10 %. La distance n’a pas disparu avec la dématérialisation.

📎 Source — Keiichi Kawai et Akira Matsushita, « Geography in Online Capital Allocation: Evidence from Equity-Based Crowdfunding », arXiv, 31 juillet 2026, prépublication non encore relue par les pairs : arxiv.org/abs/2607.29162

👁️ Mon regard

Prenez ceux qui ont ouvert la même page de campagne. Parmi eux, ceux qui vivent dans la préfecture du porteur de projet investissent bien plus souvent que les autres. La surprise est ailleurs. Dans la préfecture voisine, l’écart a presque disparu. Ce n’est donc pas la distance qui joue. Ni la découverte, puisque tous avaient vu la même annonce. Les auteurs reconnaissent ne pas savoir d’où cela vient.

Moi, je me demande si ce n’est pas tout simplement un sentiment d’appartenance. L’envie d’encourager celui d’à côté, même quand rien ne se passe en face à face. On soutient qui l’on reconnaît comme un des siens, et la préfecture est une façon d’être des siens. Si c’est bien cela, le lieu n’est qu’un support parmi d’autres.

Nous signons de plus en plus par écran interposé, en tenant le lieu pour un détail. La proximité ne figure dans aucune clause, et elle pèse quand même sur la signature. Se montrer en personne, c’est se rendre reconnaissable. Quand un contrat compte vraiment, il vaut le déplacement.

📣 À vous de jouer

Un exercice à deux, cette semaine.

Prenez un contrat que vous pilotez et demandez à la personne d’en face, chez le client ou chez le fournisseur, d’écrire en une phrase ce qu’elle croit que vous cherchez dans cette affaire. Écrivez la même phrase de votre côté, pour elle. Sans vous concerter, et sans y passer plus de deux minutes.

Puis comparez. L’écart entre les deux phrases est exactement ce que votre contrat n’a pas installé.

— Sébastien Müller · pivoinesconseil.com

🌱 Sous la surface. Cette lettre a ses obsessions, que je ne détaille pas ici. Distinguer le signal du bruit (le titre n’est pas un hasard). Me méfier de la monoculture des idées. Regarder le vivant et les systèmes pour mieux comprendre les contrats. Défricher la recherche, et débusquer les pépites qu’on ne lit nulle part ailleurs.

Frémissements, chaque lundi

Une lettre hebdomadaire, accessible en surface et pointue en profondeur. Une IA repère les signaux de la semaine, je sélectionne, je remonte aux sources et je donne mon regard.

Ce numéro a été envoyé le 31 août 2026.Le lire dans sa version d'origine.